L’enquête du dimanche
Bertha, Gao : la guerre des engins enfouis, et le chiffre que l'État ne publie pas
Neuf femmes et une fillette déchiquetées sur une piste de Ségou le 6 août, un enfant enterré à Gao le jour même pour une grenade ramassée près d'un site de déplacés : la semaine a encore appartenu aux explosions sans uniforme. Combien de civils maliens tombent ainsi chaque année, et qui tient réellement le compte ? Au terme d'une recherche documentaire volontairement limitée aux sources que nous avons pu lire, un constat s'impose : le seul bilan national chiffré disponible pour 2025 est celui d'un groupe de travail humanitaire, pas celui de l'administration.
2026-08-14 · Le Griot du Jour
Bertha : une charrette, un deuil, trois adresses administratives
Selon Studio Tamani, qui publie le 7 août 2026 sous la signature de Dramane Maïga, « une dizaine de femmes » ont péri la veille dans l'explosion d'un engin à Bertha, cercle de Sarro, région de Ségou. D'après les sources locales citées par la radio, elles se rendaient à Sarro pour présenter des condoléances après la mort de deux hommes tués par des individus armés non identifiés. Leur charrette a heurté la mine. Inhumation le jour même.
Le bilan précis vient d'ailleurs : dans son communiqué du 7 août, repris par Bamada.net et Mali 24, la Commission nationale des droits de l'homme parle de neuf femmes et d'une fillette, tuées le jeudi 6 août 2026 à « Berta », commune rurale de Saloba, cercle de Macina. Le journal Nouvel Horizon, sous la plume de Mahamane Touré, situe le drame en commune de Ké-Macina, l'engin étant enfoui sous une piste.
Trois rattachements administratifs pour un même hameau, deux formulations du bilan : le désordre des sources dit déjà l'absence d'un acte public unique. Nous n'avons trouvé aucune déclaration du gouvernorat de Ségou, du préfet ou d'un ministère. La seule réaction institutionnelle lue est celle de la CNDH, qui condamne et demande l'identification des auteurs. Aucune revendication n'a été identifiée. Et personne n'a publié les noms des victimes.
Gao : la grenade, le geste d'un enfant, et l'école du risque
Le même Studio Tamani rapporte, dans son édition datée de la semaine dernière, la mort d'un enfant à Gao après l'explosion d'une grenade qu'il avait ramassée à proximité de la cité Naata, ce site aménagé pour accueillir des personnes déplacées et des réfugiés. Grièvement touché par la déflagration, l'enfant a succombé à ses blessures et a été inhumé le jour même. L'information a été reprise, telle quelle, par Bamada.net, sans complément officiel.
Le geste n'est pas neuf. En janvier 2021 déjà, la même radio rapportait qu'une grenade avait explosé dans les mains d'un enfant à Ménaka, premier quartier : d'après un responsable militaire joint au téléphone, le garçon, âgé d'une quatorzaine d'années, avait été amputé d'un bras. Cinq ans séparent les deux faits, la même chaîne de causes les relie : des munitions abandonnées à portée de main d'enfants, en zone habitée.
Les acteurs du Groupe de travail de lutte antimines humanitaire (GTLAMH), cités par Mali 24 le 10 avril 2026, insistent sur ce point : les engins explosifs improvisés sont souvent dissimulés dans des objets du quotidien — téléphones, bidons — ce qui rend la menace permanente et exige, selon eux, « une prévention et une sensibilisation sans relâche ». Existe-t-il, aujourd'hui, une éducation au risque explosif dans les écoles de Gao ? Nous n'avons pas pu l'établir.