L’enquête du dimanche
Accès au champ contre obéissance : enquête empêchée sur les « accords de survie »
Combien de localités maliennes paient-elles aujourd'hui, en argent, en grain ou en silence, le droit de semer, de vendre au marché ou d'ouvrir une école ? La question mérite une réponse chiffrée, commune par commune. Elle n'en aura pas dans cette édition. Notre recherche documentaire de la semaine s'est heurtée à une panne d'accès aux bases et aux rapports que nous voulions dépouiller : une seule publication a pu être lue en entier, un article du site malien Bamada.net daté du 29 mars 2025. Nous publions donc ce que cette source établit, ce qu'elle allègue, et la liste — longue — de ce que nous n'avons pas vérifié.
2026-08-23 · Le Griot du Jour
Une seule porte ouverte, et ce que l'on aperçoit derrière
La seule pièce que nous avons pu lire intégralement est un article publié le 29 mars 2025 par le site d'information malien Bamada.net, sous le titre « Accords entre terroristes et communautés : Le comble… ». Il s'agit d'un texte de presse à forte tonalité éditoriale, non d'un rapport d'enquête chiffré. Nous le traitons comme tel : une source unique, malienne, utile pour décrire un mécanisme, insuffisante pour en mesurer l'ampleur.
Selon ce texte, dans plusieurs localités du pays, des villages ont conclu des accords locaux avec des groupes armés qualifiés de terroristes, afin d'obtenir une accalmie. Le site résume la teneur de ces arrangements en une phrase : accepter de coopérer en échange d'être laissé en paix. Bamada.net situe le phénomène au centre, en partie au nord, et affirme qu'on tenterait désormais de l'imposer dans des zones du sud.
Aucun décompte de villages, aucune liste de cercles, aucune date de signature ne figure dans cet article. Le vocabulaire employé — « pacte avec le diable » — relève du commentaire et non du constat vérifiable. Nous retenons donc le mécanisme décrit, en signalant qu'il n'est, à ce stade de notre travail, corroboré par aucune autre publication que nous ayons pu ouvrir nous-mêmes.
La faim comme levier : le calendrier agricole au cœur du marchandage
Le passage le plus concret de l'article est le témoignage d'un ressortissant d'un village du cercle de Koro, cité sous anonymat par Bamada.net. Selon lui, la pression serait exercée aux moments les plus sensibles du calendrier : au début de l'hivernage, pour empêcher les semis, puis à l'approche des récoltes, pour saboter le peu qui a poussé. Le champ devient ainsi l'instrument de la négociation, avant l'arme.
Toujours d'après ce témoin, le mécanisme se referme en quelques mois : empêchées de cultiver, les familles seraient à court de vivres au bout d'environ trois mois, moment où l'offre leur serait présentée — coopérer, et retrouver l'accès aux champs. Il ajoute que beaucoup de ces villages avaient d'abord résisté les armes à la main avant de céder. Nous rapportons ces propos au conditionnel : ils émanent d'une personne, dans un cercle, sans recoupement.
Ce récit, s'il était confirmé ailleurs, expliquerait pourquoi la question se pose maintenant, à la charnière des travaux champêtres et de la soudure. Il resterait à établir combien de ménages sont concernés, sur quelles superficies, et quelle part de la récolte est perdue. Ces trois chiffres, indispensables pour dire si une famille mangera, ne figurent nulle part dans la source consultée.