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Vendredi 11 septembre 2026 Le Griot du Jour N° 063 — La Une du jour « Ce qui est dit ne meurt pas. »

L’enquête du dimanche

Fleuve interdit la nuit à Mopti : ce que nous pouvons écrire, et ce que nous refusons d'écrire

Après le naufrage meurtrier signalé au départ de Poutchy, le gouvernorat de Mopti aurait, selon les dépêches reprises cette semaine, interdit la navigation nocturne. La question qui vaut d'être posée est simple : cette interdiction touche-t-elle les causes réelles — surcharge, gilets absents, pinasses non immatriculées, piloteurs sans licence — ou ajoute-t-elle une couche de papier à une pile déjà haute, tout en renchérissant l'approvisionnement d'un Centre et d'un Nord étranglés ? Nous avons voulu vérifier. Nous n'avons pas pu : nos outils de recherche documentaire sont restés muets pendant toute la préparation de ce numéro. Voici donc, en toute transparence, l'enquête telle qu'elle doit être menée, et rien de plus.

2026-09-06 · Le Griot du Jour

Pourquoi cet article ne contient aucun chiffre

Un journal se juge à ce qu'il refuse de publier. Pour ce dossier, nous n'avons pu consulter aucune page, aucun arrêté, aucun rapport, aucune agence de presse : l'accès à nos moyens de recherche a été indisponible du début à la fin du bouclage. Nous ne disposons donc d'aucune source vérifiée. En conséquence, nous n'affirmons rien : ni le bilan du naufrage, ni la date de l'arrêté, ni les prix du ciment à Gao.

Les nombres qui circulent dans les rédactions cette semaine — un bilan de quinze morts à Poutchy, neuf tués et deux cent soixante-six blessés en juillet sur les routes de Koulikoro, une tonne de ciment à deux cent quinze mille francs à Gao — nous sont parvenus par la commande de reportage, pas par un document. Tant qu'un procès-verbal, un communiqué du gouvernorat ou un relevé de marché ne les confirme pas sous nos yeux, ils restent des indications de travail.

Ce choix a un coût : l'article que vous lisez est un carnet d'enquête, pas un récit. Il expose la méthode, les documents à obtenir, les portes à pousser. Nous le préférons à un texte gonflé de certitudes empruntées. Le lecteur de Mopti, de Gao ou de Mahina mérite qu'on lui dise ce qu'on sait, ce qu'on suppose, et ce qu'on ignore encore.

L'arrêté : quatre questions qui décident de tout

Un arrêté d'interdiction se juge sur quatre lignes, rarement citées dans les dépêches. Le périmètre d'abord : tout le fleuve dans la région, ou seulement certains bras et débarcadères ? Les horaires ensuite : de la tombée du jour au lever, ou une plage fixe ? Les exceptions : les évacuations sanitaires, les pirogues de pêche, les convois de vivres. Enfin les sanctions et l'autorité chargée de les appliquer.

Sans cette quatrième ligne, une interdiction reste une intention. Qui verbalise, sur quel débarcadère, avec quel effectif, quel carburant, quelle vedette ? Une mesure fluviale confiée à des services déjà sous tension dans le Centre ne produit pas mécaniquement des contrôles. Le nombre de procès-verbaux dressés dans les trois premiers mois est le seul indicateur qui vaille, et il devrait être public.

Il faut aussi comparer avec le passé. Des arrêtés analogues auraient été pris après des naufrages précédents dans les régions de Mopti et de Ségou. Combien ont été reconduits l'année suivante ? Combien sont tombés en désuétude sans être abrogés ? Un texte qui renaît après chaque drame et s'endort entre deux drames n'est pas une politique de sécurité, c'est une liturgie administrative.

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