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Ce jour-là · Film K

1961 : Ghana, Guinée et Mali, l’Union qui s’est effacée

Ghana, Guinée, Mali, Accra, avril 1961 · un film de 12 min

Mis en ligne le 2 novembre 2026 · sous-titres anglais sur YouTube · Regarder sur YouTube

Fin avril 1961, à Accra. Kwame Nkrumah pour le Ghana, Ahmed Sékou Touré pour la Guinée et Modibo Keïta pour le Mali signent la charte de l’Union des États africains. Trois étoiles noires sur un drapeau, un seul État rêvé. Deux ans plus tard, l’Union s’est effacée sans bruit.

Le film remonte le fil : le « non » de la Guinée au référendum de 1958 et le crédit promis par Accra ; la déclaration de Conakry de 1959 et sa « Banque de l’Union », jamais créée ; Sanniquellie et le Libérien William Tubman ; la Fédération du Mali qui éclate et Bamako qui se tourne vers Conakry et Accra ; Casablanca face à Monrovia ; la charte au Journal officiel du Ghana ; l’OUA en 1963 ; puis le coup d’État de 1966, Nkrumah co-président en Guinée, et la fin des trois hommes. Et ce qui reste contesté.

Le récit

Le texte que dit la voix du film, chapitre par chapitre. L’heure indique où le chapitre commence dans la vidéo.

Trois hommes, une charte 0:00

Accra, fin avril 1961. Trois hommes signent la charte d’un pays qui n’existe pas. Un Ghanéen. Kwame Nkrumah. Un Guinéen. Ahmed Sékou Touré. Un Malien. Modibo Keïta. Sur leur drapeau, trois étoiles noires. Une pour chaque pays. Ils rêvent d’un noyau. Celui d’un seul État ouest-africain. Deux ans plus tard, il n’en restera presque rien. Ni monnaie. Ni nouveau membre.

Comment naît un pays qui ne verra jamais le jour ? Ce jour-là. Avril 1961.

Acte I — La Guinée seule 0:38

Acte premier. La Guinée seule. Remontons trois ans en arrière : le 28 septembre 1958. Partout dans l’Afrique française, on vote sur la Constitution de de Gaulle. La Guinée répond non. À plus de 95 %. Le 2 octobre 1958, la République de Guinée est proclamée. Son président a 36 ans. Ahmed Sékou Touré. La France retire aussitôt son aide économique et technique.

La Guinée est seule. Qui va l’aider ? La réponse se prépare depuis des mois, de l’autre côté de la Côte d’Ivoire. À Accra. En avril 1958, Accra accueille la Conférence des États africains indépendants. Son hôte s’appelle Kwame Nkrumah. À l’époque, il n’est que Premier ministre du Ghana. Président, il ne le sera qu’en 1960. Il lance une phrase qui fera le tour du continent.

« Si par le passé le Sahara nous divisait, aujourd’hui il nous unit. »

Acte II — Le noyau 1:38

Acte deux. Le noyau. Fin novembre 1958, Sékou Touré s’envole pour Accra. Retenez ce détail. Ce n’est pas Nkrumah qui vient à Conakry. C’est le Guinéen qui va au Ghana. À l’aéroport, des fanfares, une foule en liesse. Vingt et un coups de canon. Des pancartes saluent le « libérateur de la Guinée ». Deux jours de discussions. Les deux hommes rédigent une déclaration commune.

Elle est rendue publique le dimanche 23 novembre 1958. Le Ghana et la Guinée s’y présentent comme « le noyau » d’une union des États ouest-africains. Leur modèle ? Les treize colonies américaines, devenues les États-Unis. « Comme premier pas, nous avons convenu d’adopter un drapeau de l’Union. » Selon les spécialistes des drapeaux, ce sera celui du Ghana, avec deux étoiles noires au lieu d’une.

Ils promettent des liens étroits : défense, affaires étrangères, économie. Nkrumah promet aussi un crédit de dix millions de livres à la Guinée. Un crédit promis. Pas un don. La nuance comptera. Et un obstacle se lit sur la carte. Entre le Ghana et la Guinée s’étend la Côte d’Ivoire, encore française. Quatre jours plus tard, à Londres, le gouvernement britannique répond devant la Chambre des lords.

Son verdict : aucune union séparée du Ghana et de la Guinée « n’a vu le jour ». Union réelle, ou simple déclaration ? Le 6 décembre, les deux pays se rencontrent d’abord sur un terrain de football. Selon les relevés, la Guinée perd au Ghana, six à un.

Acte III — Deux étoiles 3:13

Acte trois. Deux étoiles. En février 1959, le Ghana installe en Guinée un « ministre résident ». Son nom : Ako Adjei. En mai 1959, à Conakry, les deux pays scellent l’Union. C’est la « déclaration de Conakry ». Plusieurs références la datent du 1er mai. L’ensemble prend le nom d’Union des États africains indépendants. Nouvelle règle du drapeau : autant d’étoiles noires que d’États membres.

Le texte prévoit un Conseil économique de l’Union. Autant de membres pour chaque État. Et une banque d’émission commune, baptisée « Banque de l’Union ». Une monnaie, donc, à venir. Retenez-le : elle ne viendra jamais. Car tout le monde ne veut pas fusionner. 19 juillet 1959. Sanniquellie, au Libéria. Le président libérien William Tubman reçoit Nkrumah et Sékou Touré.

Il leur oppose un projet bien plus souple : une « Communauté des États africains indépendants ». Chaque membre y garde son identité nationale, et sa propre Constitution. Fin juin 1960, Sékou Touré revient à Accra pour la naissance de la République du Ghana. Nkrumah se confie alors à un diplomate américain. Sur les dix millions de livres promis, la Guinée n’en a tiré que quatre.

Deux pays. Des promesses à moitié tenues. Qui viendra les rejoindre ?

Acte IV — Le Mali entre 4:37

Acte quatre. Le Mali entre. Le troisième homme dirige la Fédération du Mali, qui unit encore Bamako et Dakar. Le 20 août 1960, le Sénégal fait sécession. La Fédération éclate. Les dirigeants de Bamako rompent avec le Sénégal, et gardent le nom de Mali. Le 22 septembre 1960, la République du Mali est proclamée. Modibo Keïta la dirige. Coupé du port de Dakar, vers qui se tourne Bamako ?

Vers Accra. Le Ghana accorde un prêt à long terme au Mali. Son montant ? Nos sources ne permettent pas de le dire. Le 24 décembre 1960, à Conakry, le Ghana, la Guinée et le Mali publient un communiqué commun. Le Mali de Modibo Keïta rejoint l’union du Ghana et de la Guinée. Sur le drapeau, une troisième étoile noire.

Acte V — Les deux Afriques 5:31

Acte cinq. Les deux Afriques. Début janvier 1961, les trois pays sont au Maroc. Le roi Mohammed V réunit des chefs d’État africains autour d’un sujet brûlant : la crise du Congo. Autour de la table : le Ghana, la Guinée, le Mali, le Maroc, la République arabe unie et le gouvernement provisoire algérien. Ce qui les soude, écrit alors une observatrice, c’est une « colère commune » sur le Congo.

Le 7 janvier 1961, ils adoptent la Charte de Casablanca. Puis, du 27 au 29 avril 1961, Nkrumah, Sékou Touré et Modibo Keïta se retrouvent à Accra. Ils y signent la charte de l’Union des États africains. Ouverte à tout État africain indépendant. C’est la scène du début. Neuf jours plus tard, une autre Afrique se réunit à Monrovia, du 8 au 12 mai.

Ce sont les États plus modérés. Pour eux, chaque pays doit d’abord rester maître chez lui. Désormais, deux Afriques se font face : celle de Casablanca, et celle de Monrovia. Le 1er juillet 1961, la charte de l’Union paraît au Journal officiel du Ghana. En octobre, la revue Foreign Affairs note que la Libye s’est déjà éloignée du groupe de Casablanca.

Acte VI — Le papier 6:48

Acte six. Le papier. Une charte. Un drapeau. Trois étoiles. Mais où est la monnaie ? Il n’y aura jamais de monnaie commune. Le Ghana garde sa livre. Sur ses pièces, l’effigie de Nkrumah, « fondateur de l’État ghanéen ». En 1965, il adopte une nouvelle monnaie : le cédi. La sienne. Pas celle de l’Union. La politique étrangère commune reste, elle aussi, sur le papier.

Et aucun autre État africain ne rejoint l’Union. Les explications avancées : la distance, le manque de routes, des politiques étrangères qui divergent. Et puis, le 25 mai 1963, à Addis-Abeba, naît l’Organisation de l’unité africaine. Sa charte consacre « l’égalité souveraine » des États, et la « non-ingérence » dans leurs affaires. Une analyse universitaire y voit la victoire des modérés. L’Afrique des patries.

La même année, l’Union du Ghana, de la Guinée et du Mali s’efface. Le jour exact ? Les sources ne s’accordent pas. Ironie : de 1964 à 1972, c’est un Guinéen, Diallo Telli, qui dirige le secrétariat de l’OUA. L’Union est morte. Mais l’amitié des trois hommes, elle, va-t-elle survivre ?

Acte VII — L’exil 8:08

Acte sept. L’exil. Février 1966. Nkrumah quitte le Ghana pour une mission de paix au Vietnam. Le 24 février, à peine arrivé à Pékin, il apprend la nouvelle. Un coup d’État à Accra. Un Conseil de libération nationale, huit militaires et policiers, a pris le pouvoir. Selon plusieurs récits, Nasser, Nyerere, Sékou Touré et Modibo Keïta lui proposent aussitôt l’asile.

Il choisit Conakry. Il y arrive le 2 mars 1966. « Je retourne au Ghana. Je suis en route pour le Ghana. » Au stade de Conakry, selon la presse ghanéenne, Sékou Touré lui propose de lui céder la présidence. Nkrumah n’accepte que le titre de co-président de la Guinée. Le 6 mars, il parle aux Ghanéens sur la radio guinéenne, « La Voix de la Révolution ».

En octobre 1966, le Ghana retient à Accra un ministre guinéen en route vers l’OUA. Son nom : Lansana Béavogui. À Conakry, Nkrumah vit à la villa Silly. Il ne reverra jamais le Ghana. Deux ans plus tard, c’est au tour de Bamako. Le 19 novembre 1968, des officiers renversent Modibo Keïta, sans effusion de sang. À leur tête, un lieutenant de 32 ans : Moussa Traoré.

Modibo Keïta est envoyé en détention à Kidal, dans le nord du Mali. Le 27 avril 1972, Nkrumah meurt à Bucarest. Il a 62 ans. Deux jours plus tard, selon les récits, des milliers de Guinéens accueillent sa dépouille à Conakry. Sékou Touré pose des conditions avant de rendre le corps au Ghana. Le 9 juillet 1972, Nkrumah est inhumé dans son village natal, Nkroful.

Le 16 mai 1977, Modibo Keïta meurt en détention, à Bamako. En mars 1984, Sékou Touré meurt à son tour. Lansana Béavogui assure l’intérim.

Le doute 10:08

Le doute. Alors, cette Union a-t-elle vraiment existé ? Dès 1958, Londres juge que presque tout reste à organiser. Pour la fondation Ulzen, il n’y a jamais eu ni administration, ni réunions permanentes. Pourtant, des choses ont existé. Des ministres résidents ghanéens à Conakry. Quatre millions de livres versés. Un communiqué à trois. Une charte publiée au Journal officiel du Ghana.

Même les dates divergent. Le Mali adhère le 24 décembre 1960. Ou en avril 1961, selon d’autres. La fin de l’Union ? 1962, mai 1963, ou le 3 juin 1963, selon les sources. Et une gêne, rarement dite. Nkrumah parle anglais. Sékou Touré, français. Un diplomate américain affirme qu’ils « ne pouvaient pas se parler ». Aucune querelle ouverte entre les trois hommes n’a pourtant été prouvée.

La co-présidence de Nkrumah avait-elle une base juridique ? Rien ne permet de le vérifier. Et la mort de Modibo Keïta reste, selon Perspective Monde, entourée de circonstances « obscures ». L’empoisonnement est allégué. Jamais prouvé.

Épilogue 11:22

En 1992, les restes de Nkrumah rejoignent un mausolée, à Accra. Accra. Là où tout avait commencé. Fin avril 1961, trois hommes y signaient une charte. Un Ghanéen. Un Guinéen. Un Malien. Sur leur drapeau, trois étoiles noires. Un seul État rêvé. Jamais né. Ce jour-là. Avril 1961.

Les sources

Ce qui reste contesté. La réalité de l’Union : dès novembre 1958, Londres estime qu’aucune union n’existe ; la Fondation Ulzen affirme qu’il n’y a jamais eu ni administration ni réunions permanentes. Pourtant, des ministres résidents, une partie du crédit (4 millions de livres sur 10, à l’été 1960), un communiqué commun et une charte publiée ont bien existé. « Un seul État » : rêvé, jamais décidé ; les textes parlent d’un « noyau » et d’une confédération. Les dates varient selon les sources : entrée du Mali (24 décembre 1960 ou avril 1961), conférence de Casablanca (3 ou 4 au 7 janvier 1961), fin de l’Union (1962, mai ou juin 1963). L’asile offert à Nkrumah en 1966 : selon plusieurs récits ; la présidence proposée par Sékou Touré : selon la presse ghanéenne ; la base juridique de la co-présidence n’est pas vérifiée. Le montant du prêt du Ghana au Mali : nos sources ne le donnent pas. L’empoisonnement de Modibo Keïta : allégué, jamais prouvé. Chaque point en détail : https://www.griotdujour.com/ce-jour-la/union-1961

Les images

Les scènes marquées « reconstitution » sont des images de synthèse : aucun visage de personne réelle n’a été fabriqué. La carte animée est tracée d’après Natural Earth (domaine public). Les autres images sont des documents authentiques, via Wikimedia Commons :

Musique et habillage sonore : créations originales.