L’enquête du dimanche
Mil à 35 000 FCFA dans le Centre : pourquoi le Griot du Jour publie cette semaine un carnet d'enquête vide plutôt qu'un article plein
Un sac de 100 kg de mil qui passe de 25 000 à 35 000 FCFA en quelques jours à Douentza et Koro, et qu'on dit au-delà de 50 000 FCFA dans certains villages de brousse : c'est la question la plus lourde de la semaine, parce qu'elle se règle dans l'assiette et non dans les salles de réunion. Nous voulions y répondre avec des chiffres vérifiés — séries de prix marché par marché, tonnages réellement disponibles dans les stocks publics, coût du camion sur l'axe Sévaré–Douentza–Koro. Nous n'avons pas pu. Aucune des sources documentaires que cette enquête exigeait n'a pu être consultée pendant le bouclage : nos outils d'accès aux publications de l'Observatoire du marché agricole, du Système d'alerte précoce, de l'OPAM, de Mali-Météo et des agences humanitaires sont restés muets. Plutôt que d'habiller de mémoire un sujet où chaque franc compte, nous publions ce que nous savons de notre propre ignorance, et le protocole précis qui permettra de trancher.
2026-09-13 · Le Griot du Jour
Ce que nous cherchions, et pourquoi cette question-là
Un prix de céréale n'est pas une statistique : c'est une frontière. Entre un ménage qui tient jusqu'à la récolte et un ménage qui vend la chèvre, puis le petit ruminant, puis la tôle du hangar. Quand l'écart entre le marché de ville et le marché de brousse se creuse au point de dépasser la moitié du prix, ce n'est plus la soudure ordinaire qui parle, c'est une chaîne d'approvisionnement qui s'est cassée quelque part, et l'enquête consiste à dire précisément où.
La question posée était donc une question de parts : quelle fraction de la hausse revient au déficit de pluie, quelle fraction au coût et au risque du transport sur les axes du Centre, quelle fraction à la rétention et à la spéculation, quelle fraction enfin au fait que les dispositifs publics — stock national de sécurité, ventes à prix social, banques de céréales — n'ont pas joué le rôle d'amortisseur qu'on leur prête. Répondre à cela suppose des documents, pas des impressions.
Ces documents existent et sont, en temps normal, publics ou obtenables : relevés hebdomadaires de prix par marché, bulletins agro-météorologiques par station, rapports de campagne, états de stocks. C'est précisément le matériau que nous n'avons pas pu atteindre cette semaine.
Ce que nous n'avons pas pu faire, dit sans détour
Aucune page n'a été consultée pour ce sujet. Les requêtes de recherche et les tentatives d'accès direct à des sites de référence ont toutes échoué, pour une raison technique tenant à nos moyens d'accès et non à une quelconque rétention d'information de la part des institutions concernées. Nous n'avons donc, à cette heure, ni série de prix, ni tonnage, ni pluviométrie cumulée que nous puissions mettre sous les yeux du lecteur en répondant de leur exactitude.
En conséquence, nous ne publions aucun chiffre dans ce numéro. Ni les 25 000, ni les 35 000, ni les 50 000 FCFA. Non pas que nous les tenions pour faux — ils proviennent de dépêches reçues à la rédaction au fil de la semaine — mais parce que nous n'avons pas pu remonter à leur relevé d'origine, identifier le marché exact, la date exacte, la qualité du mil concernée, ni savoir s'il s'agissait d'un prix pratiqué ou d'un prix demandé.
Un chiffre sans sa source est une rumeur bien habillée. Dans un contexte où le prix du grain oriente les décisions de familles entières, l'habiller serait une faute professionnelle plus grave que le silence.