L’enquête du dimanche
INPS : quinze milliards neuf cent quatre-vingt-neuf millions, et ensuite ? Ce que l'on sait, et tout ce que l'on ne sait pas encore
Un chiffre tourne dans Bamako depuis la mi-septembre : plus de quinze milliards de francs CFA d'irrégularités relevées par le Bureau du Vérificateur Général dans la gestion de l'Institut national de prévoyance sociale, sur les exercices 2021 à 2025. Derrière ce montant, il y a des cotisations de salariés, des pensions attendues, des allocations familiales, des remboursements AMO. Mais que recouvre exactement la somme, qui doit en répondre, et qu'est-ce que cela change au guichet ? Notre enquête documentaire s'est heurtée à un mur : voici, honnêtement, ce qu'elle établit et ce qu'elle ne peut pas établir.
2026-09-20 · Le Griot du Jour
Un chiffre qui circule, un rapport que nous n'avons pas pu lire
Le point de départ est concordant. Selon PressAfrik, le Bureau du Vérificateur Général a rendu public, un lundi 14 septembre, un rapport chiffrant à près de seize milliards de francs CFA les irrégularités financières constatées à l'INPS sur la période 2021-2025. Le site malien Echos Médias parle, dans les mêmes termes, d'une vérification financière portant sur les exercices 2021, 2022, 2023, 2024 et 2025. Bamada.net, de son côté, évoque « plus de 15 milliards de FCFA d'irrégularités financières ». Trois sources, un même ordre de grandeur.
Le montant précis, nous ne l'avons trouvé que dans un seul organe : Courrier Confidentiel, qui écrit que « 15 989 750 228 FCFA d'irrégularités financières ont été recensées sur la période 2021-2025 » et ajoute qu'à la clôture des travaux, 15,92 milliards restaient à régulariser. Ce chiffre au franc près est cohérent avec le « près de 16 milliards » des autres publications, mais il demeure, à ce stade de notre travail, le fait d'une seule rédaction.
Notre limite est nette et nous la posons d'emblée : nous n'avons pas pu ouvrir le rapport individuel du Vérificateur lui-même, ni les versions intégrales des articles cités, nos tentatives d'accès aux pages ayant échoué. Tout ce qui suit repose sur les extraits de ces publications que nous avons réellement lus. Un chiffre global n'est pas une démonstration : c'est une porte d'entrée, et elle reste entrebâillée.
Le poste le plus lourd : payer d'abord, approuver ensuite
Le seul élément de décomposition que nous ayons pu lire concerne la chaîne de la dépense. D'après Courrier Confidentiel, un poste dépasse à lui seul 2,1 milliards de francs CFA et traduit, selon le contrôle, une rupture répétée dans la chaîne préalable de contrôle de la dépense. Autrement dit : de l'argent qui sort avant que les contrôles prévus n'aient joué leur rôle. C'est exactement le genre de faille qui, dans une caisse sociale, se paie ailleurs.
La direction de l'Institut ne serait pas restée muette. Toujours selon Courrier Confidentiel, l'INPS aurait justifié ces paiements par des retards dans l'approbation de ses budgets, par la nécessité d'assurer la continuité du service et par le caractère urgent de certaines dépenses. Le même article indique que le Vérificateur général n'a pas retenu ces arguments. Nous rapportons ici la position de chaque partie telle qu'elle est présentée par cette source, sans pouvoir la confronter au document original.
Bamada.net, dans une brève distincte, relie l'essentiel des montants au « non-respect des procédures internes de décaissement » et précise que plus de 64 millions de francs CFA ont été remboursés durant la mission de vérification. Un remboursement en cours de contrôle n'est ni un aveu ni une absolution : c'est une régularisation. Rapportée au total annoncé, elle représente moins d'un demi-pour-cent.