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Dimanche 18 octobre 2026 Le Griot du Jour N° 100 — La Une du jour « Ce qui est dit ne meurt pas. »

L’enquête du dimanche

Péages percés, routes défoncées, morts sans adresse : où va l'argent de la route malienne ?

Cette semaine, la route a fait l'actualité sous plusieurs formes : des accidents à Ségou, l'alerte des usagers de Bamako-Kayes, un jugement sur les péages du FER-Mali. Ces faits ont-ils un lien entre eux ? L'argent payé à chaque barrière revient-il au bitume, et pourquoi les grands axes restent-ils dangereux ? Notre recherche documentaire a été courte, interrompue par une limite technique. Elle établit quelques faits solides et révèle surtout un grand vide : les chiffres qui permettraient de demander des comptes ne sont pas publics.

2026-10-18 · Le Griot du Jour

Des morts comptés, des routes jamais nommées

Selon les statistiques validées le 23 avril 2026 lors d'un atelier au ministère des Transports et des Infrastructures, le Mali a enregistré en 2025 7 691 accidents de la route, 8 863 blessés et 648 tués, soit 9 511 victimes. Malikunafoni et Mali 24 rapportent les mêmes chiffres. Par rapport à 2024, le nombre de tués baisse de 4,99 %, alors que les accidents (+0,23 %) et les blessés (+0,40 %) augmentent légèrement.

Ces totaux nationaux ne disent rien de la RN6 vers Ségou ni de la RN1 vers Kayes. Les pages que nous avons consultées ne donnent ni chiffres par axe, ni liste des points noirs. Nous ne pouvons donc pas dire combien de vies chacune de ces routes a coûté en cinq ans. Nous n'avons pas non plus retrouvé le texte ni le bilan des brèves des 14 et 15 octobre sur les accidents mortels de Ségou.

Le comptage lui-même est incomplet. Un document paru au Journal officiel en 2022 reconnaît que le système de l'ANASER, alimenté par la police en ville et la gendarmerie entre les villes, « souffre du manque d'exhaustivité » : accidents non déclarés, fiches perdues en route, données de santé non intégrées. Selon une étude de l'ANASER de 2016 citée dans ce texte, les accidents coûtent 18 milliards de FCFA par an, soit 0,4 % du PIB.

Aux péages, une clé USB contre la caisse publique

Le jugement est tombé le lundi 12 octobre 2026. Nous le connaissons par un seul récit : celui de Jean Pierre James dans Le Nouveau Réveil, repris par Bamada.net le 15 octobre. Selon lui, la chambre criminelle du Pôle national économique et financier aurait jugé les 8 et 9 octobre des agents de péage. Ils étaient poursuivis pour « atteinte aux biens publics, faux et usage de faux ou complicité ». Les principaux accusés auraient été condamnés à sept ans de prison, dont trois avec sursis pour certains.

D'après ce même récit, la méthode décrite à l'audience était un bricolage astucieux. Une clé USB contenait un fichier de faux tickets numériques. Plusieurs agents auraient cotisé 12 500 FCFA chacun pour payer les 300 000 FCFA du concepteur. La clé passait d'un poste à l'autre et remplaçait le système officiel. Autre pratique signalée : bloquer le système pour laisser passer des camions-citernes contre une somme forfaitaire remise directement aux agents. Les caméras installées par la direction du FER-Mali auraient permis de le découvrir.

L'affaire commence le 12 mai 2025. Ce jour-là, le Pôle judiciaire de lutte contre la cybercriminalité annonce l'arrestation d'une quinzaine de personnes, agents et complices extérieurs. Son procureur, Dr Adama Coulibaly, parle alors d'un réseau actif sur « au moins une dizaine de postes de péage ». Selon l'article, la fraude touchait aussi le pesage des véhicules. Nous ne savons pas si un appel a été formé. La décision reste, à notre connaissance, susceptible de recours.

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