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Ce jour-là · Film E

Gamou et Iyad Ag Ghali : deux frères du désert ? De la rébellion de 1990 à 2013

Gamou et Iyad Ag Ghali, 1990-2013 · un film de 13 min

Mis en ligne le 3 octobre 2026 · sous-titres anglais sur YouTube · Regarder sur YouTube

Nuit du 28 au 29 juin 1990, Ménaka. Une cinquantaine d’hommes attaquent la gendarmerie : c’est le début de la rébellion touarègue. Iyad Ag Ghali commande. El Hadj Ag Gamou est dans la colonne, selon une journaliste. Vingt-deux ans plus tard, l’un tient Kidal pour l’armée malienne et sauve ses 504 hommes par une fausse défection ; l’autre y entre à la tête d’Ansar Dine. En 2013, le premier est promu général ; le second est inscrit sur la liste des sanctions de l’ONU et disparaît.

Un journal de Bamako les appelle « les deux frères du désert ». Le film montre ce que portent les documents : même Légion islamique, même nuit de Ménaka, ennemis dès 1994, face à face en 2006 et en 2012. Il s’arrête fin 2013, comme toute la collection.

Le récit

Le texte que dit la voix du film, chapitre par chapitre. L’heure indique où le chapitre commence dans la vidéo.

Deux traces dans le sable 0:00

Deux traces dans le sable. Côte à côte. Deux hommes du même désert. Formés dans les mêmes camps, en Libye. La même nuit de 1990, à Ménaka, les premiers coups de feu d’une rébellion. L’un commande. L’autre, dit-on, est dans la colonne. Vingt-deux ans plus tard, l’un tient Kidal pour l’armée malienne. L’autre y entre à la tête d’une colonne, au nom de la charia.

El Hadj Ag Gamou. Iyad Ag Ghali. Le premier finira général. Le second, sur la liste des terroristes de l’ONU. Un journal de Bamako les appelle les deux frères du désert. Les documents disent autre chose. Ce récit s’arrête en 2013. Comme toute cette série. La suite appartient à l’actualité.

Acte I — Le même camp (1973-1991) 0:53

1973, 1974. La sécheresse tue les troupeaux de l’Adagh. Les jeunes Touaregs partent vers l’Algérie et la Libye. Iyad Ag Ghali, né vers 1958 à Abeïbara. Kel Adagh, Ifoghas. Fils d’un guide tué pendant la première rébellion, en 1963. El Hadj Ag Gamou, né en 1964 à Tidermène, près de Ménaka. Imghad. Berger. Il n’ira pas à l’école. Entre eux, une hiérarchie vieille comme l’Adagh. Les Ifoghas, nobles. Les Imghad, tributaires. Retenez ces deux mots.

En Libye, Kadhafi ouvre ses camps aux Touaregs. La Légion islamique. Gamou y entre à seize ans. Selon un chercheur canadien, ils y servent côte à côte. Puis le Liban, en 1982. Le Tchad, en 1987. Le 11 novembre 1987, à Tripoli, cinq cents délégués touaregs élisent un secrétaire général. Iyad Ag Ghali. En 1988, Gamou rentre au Mali. Deux ans plus tard, tout bascule.

Nuit du 28 au 29 juin 1990. Ménaka. Une cinquantaine d’hommes. Deux fusils de chasse, cinq kalachnikovs, des sabres. Vers quatre heures, ils attaquent la gendarmerie. Iyad commande. Gamou est dans la colonne, selon une journaliste. C’est le début de la rébellion touarègue de 1990. Une trentaine d’attaques en six mois. Le 6 janvier 1991, à Tamanrasset, Iyad signe la paix avec un colonel malien. Une paix qui ne descend pas jusqu’au sable.

Acte II — Deux routes (1991-1996) 2:37

La rébellion se fracture. Le MPA d’Iyad, avec les Ifoghas. L’ARLA, avec les Imghad. Et Gamou. 11 avril 1992. Le Pacte national est signé à Bamako, devant le président de la transition. Un certain Amadou Toumani Touré. En 1994, le MPA et l’ARLA se font la guerre. Ifoghas contre Imghad. Iyad contre Gamou. Février 1994. Les hommes de Gamou enlèvent l’amenokal des Ifoghas, Intalla Ag Attaher. Il est relâché après une semaine.

Pour l’ordre touareg, écrit un chercheur, c’est l’impardonnable. Le MPA chasse l’ARLA de l’Adagh. Iyad a gagné.

27 mars 1996. Tombouctou. Trois mille armes brûlent sur une place, devant le président Alpha Oumar Konaré. La Flamme de la paix. Gamou entre dans l’armée malienne. École militaire de Koulikoro. Il dira : moi, je n’ai pas été à l’école, et je suis colonel-major. Iyad devient conseiller du président Konaré. L’homme de Bamako dans l’Adagh. Deux traces, deux directions. Pour l’instant, elles se croisent encore.

Acte III — L’officier et l’intermédiaire (1997-2010) 3:47

Fin des années 1990. Des prédicateurs pakistanais arrivent à Kidal. Iyad les écoute. Il part six mois au Pakistan. Gamou, lui, part casque bleu en Sierra Leone. Il revient lieutenant-colonel. Août 2003. Trente-deux touristes européens ont été enlevés dans le Sahara. Bamako envoie deux négociateurs. L’un d’eux : Iyad Ag Ghali. Les otages sont libérés. Une rançon de cinq millions d’euros, selon la presse allemande. Jamais confirmée.

2005. ATT nomme Gamou commandant à Kidal. Un Imghad à la tête des soldats, dans la ville des Ifoghas. 23 mai 2006. Des officiers touaregs se mutinent à Kidal. Deux camps pris dans la nuit. Gamou doit reprendre la ville. Au téléphone, Iyad joint son ancien frère d’armes, rapporte un ancien ministre. Gamou renonce à l’assaut. Les mutins se replient dans les montagnes.

Le 4 juillet 2006, à Alger, Iyad contribue à la signature d’un nouvel accord de paix. Mai 2007. À l’ambassade des États-Unis, Iyad se dit fatigué des problèmes du Nord. Il veut un poste en Égypte ou en Arabie saoudite. Un câble le note. Novembre 2007. ATT l’envoie au consulat du Mali à Djeddah. Mai 2008. Bamako aide Gamou à lever une unité recrutée chez les Imghad. Des officiers s’inquiètent, écrit l’ambassade : il pourrait régler de vieux comptes.

22 janvier 2009. Bourghessa. Quatre cent vingt soldats et cent soixante miliciens, selon les rebelles. Le rebelle Bahanga est chassé vers l’Algérie. Deux instruments dans la main d’ATT. Iyad, le négociateur. Gamou, le soldat. 2010. L’Arabie saoudite renvoie Iyad, soupçonné de contacts avec Al-Qaïda, selon Jeune Afrique. Gamou entre à l’état-major particulier du président.

Acte IV — Les revenants (2011) 5:44

2011. Kadhafi tombe. Des colonnes rentrent de Libye, avec des armes. 15 octobre 2011. Zakak, à cent cinquante kilomètres de Kidal. Moins de quatre cents combattants créent le MNLA. Iyad réclame la direction du mouvement. On la lui refuse. Trop proche d’Alger, disent les cadres. Et trop religieux. Il se présente pour succéder au vieil amenokal. On lui préfère le fils, Alghabass. Deux échecs en quelques semaines.

À l’automne, selon un témoin, ATT l’envoie parler aux jeunes rebelles. Il n’arrive pas à les convaincre. Décembre 2011. Il crée son propre mouvement. Ansar Dine. Les défenseurs de la religion. À peine trois véhicules, écrit Jeune Afrique. Du 7 au 10 janvier 2012, à Abeïbara, un émissaire d’ATT propose des unités mixtes, un commandement spécial à Kidal, un ministre. En face : le MNLA. Et Iyad.

Une semaine plus tard, écrit Jeune Afrique, les premiers affrontements éclatent. Le thé refroidit sur le plateau.

Acte V — Kidal (2012) 6:51

17 janvier 2012. Ménaka. La guerre commence. Gamou, à Kidal, prépare des renforts pour Aguelhok. 24 janvier. Aguelhok tombe. Des prisonniers sont exécutés. Le bilan reste contesté. Iyad revendiquera la bataille, et niera toute exécution. 11 mars. Le camp de Tessalit tombe à son tour. Ansar Dine y aurait été décisif, écrit l’International Crisis Group. 22 mars. À Bamako, des soldats renversent ATT. Le Nord n’a plus de chef.

Kidal est encerclée. Le MNLA au nord. Ansar Dine au sud. Dedans, Gamou et cinq cent quatre hommes. Trois cents Touaregs. Deux cent quatre soldats venus du Sud. 30 mars, huit heures du matin. Les tirs reprennent. La garnison abandonne la ville. Le même jour, Iyad entre dans Kidal, à la tête d’un cortège de véhicules. 31 mars. Sur la piste de Gao, la colonne de Gamou est encerclée. À cent cinquante kilomètres de Kidal.

En début de soirée, un message passe sur RFI. Le colonel Gamou rallie le MNLA. Ses deux cent quatre soldats du Sud sont désarmés. On veut les lui prendre. Il refuse. Ce sont mes otages. À cent kilomètres de la frontière, il appelle le consul du Mali au Niger. Par téléphone satellitaire. Quelques jours plus tard, à Niamey, il parle. Le ralliement n’était qu’une manœuvre pour protéger sa retraite.

Mon premier souci était de les sauver, dira-t-il. Les soldats du Sud rentrent à Bamako le 6 avril. Jeune Afrique, l’International Crisis Group et un chercheur le confirment : il a fait croire. Et il a ramené ses hommes vivants. Le 2 avril, Iyad entre à Tombouctou. Avec les émirs d’AQMI. Le lendemain, à la radio, il annonce la charia.

Acte VI — Le Nord occupé (2012-2013) 8:45

Tombouctou, 30 juin 2012, tôt le matin. Une trentaine de combattants. Des pioches, des houes, des burins. Ansar Dine détruit les mausolées des saints de la ville. Son porte-parole : tous les mausolées, sans exception. Sept mausolées sur seize, en deux jours. Puis la porte sacrée de la mosquée Sidi Yahia. Puis les tombes contre la grande mosquée de Djingareyber.

La musique se tait. À Aguelhok, un homme et une femme sont lapidés. Les amputations de Gao et d’Ansongo sont l’œuvre d’un autre groupe, le MUJAO. Iyad, en juin, à Reuters : nous sommes maliens, et contre la division du Mali. À Jeune Afrique : Ansar Dine ne connaît que le Mali et la charia. À Niamey, Gamou attend avec quatre cents hommes. Le 2 décembre, à huit heures et demie, un homme à moto tire trois balles sur lui. Le téléphone est touché. Pas lui.

La même semaine, à Ouagadougou, Ansar Dine négocie. Puis se retire. Le 10 janvier 2013, ses colonnes descendent sur Konna. Le lendemain, la France entre en guerre. Serval.

Acte VII — Le retour (2013) 9:51

Mi-janvier 2013. Après dix mois d’asile au Niger, Gamou repasse la frontière avec cinq cents hommes. Un journal de Bamako le dit entré dans Ménaka, vidée, sans combat. Fin janvier, il est à Gao. Début février, avec les Français, il reprend Ménaka au MNLA. Presque sans combat. Février, mars. Dans le Tigharghar, Français et Tchadiens combattent. Iyad connaît chaque vallée. Il n’est pas pris.

25 février 2013. Les Nations unies inscrivent Iyad Ag Ghali sur leur liste. Le lendemain, Washington le déclare terroriste. Son propre lieutenant, Alghabass, l’a quitté en janvier. Nous voulons mener notre guerre, pas celle d’Al-Qaïda. 5 juin 2013, cinq heures et demie du matin. Anéfis. L’armée chasse le MNLA. Gamou est là. L’avance s’arrête avant Kidal, où deux cents soldats français tiennent l’aéroport.

18 juin, Ouagadougou : un accord. 11 août : le Mali élit un président. Ibrahim Boubacar Keïta. 18 septembre 2013. Premier conseil des ministres. El Hadj Ag Gamou est promu général de brigade. Le berger de Tidermène, qui n’a pas été à l’école, porte l’étoile. Iyad Ag Ghali, lui, a disparu. Sud de la Libye, sud de l’Algérie, extrême nord du Mali. Personne ne sait.

Le doute : frères ? 11:15

Frères ? Le mot est d’un journal. Voici ce que portent les documents. Même Légion islamique, écrit un chercheur canadien. Même nuit de Ménaka, selon une journaliste. Ennemis dès 1994. Face à face en 2006, et en 2012. L’International Crisis Group écrit, en 2012 : ils continuent de se faire face, dans un rapport de loyauté à l’État malien désormais inversé.

Le noble a pris les armes contre l’État. Le tributaire l’a défendu. Sur les abus de 2013, aucun rapport de Human Rights Watch ne nomme Gamou ni son unité. Sur Aguelhok, Iyad nie. La Cour pénale internationale a ouvert une enquête. Le reste, ce sont des soupçons. Ce récit vous les montre comme tels.

Épilogue 12:02

Le récit s’arrête ici, fin 2013. Comme la série. La suite appartient à l’actualité, et l’actualité n’est pas le terrain de ces films. Ce jour-là, à Ménaka, en 1990, deux traces sont parties côte à côte dans le sable. Vingt-trois ans plus tard, l’une porte une étoile de général. L’autre n’a plus d’adresse.

Les sources

D’après un récit paru dans le journal Le Soft — lesoftpost.com.

Ce qui reste contesté. L’année de naissance d’Iyad Ag Ghali (1954 ou 1958). La place de Gamou dans la colonne de Ménaka, la nuit du 29 juin 1990 (une journaliste, sans source citée). L’argent des otages de 2003 (jamais confirmé). L’appel téléphonique de 2006 (un seul témoin, Choguel Maïga). Le nombre d’émissaires envoyés par ATT fin 2011. Le lieu de la rencontre de janvier 2012 (Abeïbara selon Jeune Afrique, Zakak selon l’International Crisis Group). Le bilan d’Aguelhok (de 82 à 153 morts ; le MNLA nie, Iyad revendique la bataille et nie toute exécution ; la CPI a ouvert une enquête). Les trois sources sur la ruse du 31 mars 2012 : elles se recoupent, mais elles ne sont pas indépendantes. Qui a détruit quoi à Tombouctou (Ansar Dine revendique, AQMI est présente ; les amputations de Gao et d’Ansongo sont du MUJAO). L’entrée de Gamou dans Ménaka en janvier 2013 : un seul journal de Bamako, sans date sûre ; Jeune Afrique attribue la libération de Ménaka aux troupes tchadiennes et nigériennes, fin janvier. La date du retour de Gamou à Gao (26 ou 31 janvier 2013 selon les articles). Les abus de 2013 : aucun rapport ne nomme Gamou ni son unité. Le mot « frères » : il vient du journal, pas des sources.

Les images

Il n’existe aucune photographie libre de droits d’El Hadj Ag Gamou ni d’Iyad Ag Ghali : ils apparaissent de dos, en silhouettes reconstituées, marquées « reconstitution ». Les scènes marquées « reconstitution » sont des images de synthèse. Aucun visage de personne réelle n’a été fabriqué. Les archives sont de vraies photographies :

Toutes via Wikimedia Commons. Carte : Natural Earth. Musique et habillage sonore : créations originales.