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Ce jour-là · Film G

Mansa Moussa : le roi du Mali qui fit baisser le prix de l’or en Égypte

Mansa Moussa au Caire, juillet 1324 · un film de 11 min

Mis en ligne le 17 octobre 2026 · sous-titres anglais sur YouTube · Regarder sur YouTube

Le Caire, juillet 1324. Un roi africain entre dans la salle du trône du sultan d’Égypte. On lui ordonne de baiser le sol. Il répond : « Comment cela se pourrait-il ? »

Il s’appelle Moussa. Il est l’empereur du Mali, en route pour La Mecque, avec des dizaines de charges de chameau d’or. Douze ans plus tard, au Caire, l’or vaut encore moins qu’avant son passage. Cinquante ans plus tard, un atlas de Majorque le dessine avec un morceau d’or dans la main.

Le film raconte ce qui est prouvé, et ce qui est légende : le roi parti sur l’Océan, la traversée, l’audience, l’or, la dette, le créancier mort à Tombouctou, et la carte.

Le récit

Le texte que dit la voix du film, chapitre par chapitre. L’heure indique où le chapitre commence dans la vidéo.

Le Caire, juillet 1324 0:00

Le Caire. Juillet 1324. Un roi africain entre dans la salle du trône du sultan d’Égypte. Autour de lui, tous ont le front collé au marbre. Une voix lui ordonne : « Baise le sol ! » Le roi ne bouge pas.

Il s’appelle Moussa. Il est l’empereur du Mali. Et il est arrivé avec des dizaines de chameaux chargés d’or. Douze ans plus tard, au Caire, l’or ne vaut toujours pas ce qu’il valait avant lui. Cinquante ans plus tard, en Europe, on le dessine sur une carte. De l’or dans la main. Ce récit raconte le voyage d’un roi du Mali qui a ébloui Le Caire.

Ce qui est prouvé. Et ce qui est légende.

Acte I — Le roi parti sur l’Océan 0:47

Pour comprendre, il faut écouter Moussa lui-même. Au Caire, le gouverneur de la ville lui demande comment il est devenu roi. Moussa raconte une histoire étrange. Le roi d’avant lui voulait savoir où finit l’Océan. Il lance deux cents navires chargés d’hommes. Et deux cents chargés d’or, d’eau et de vivres. Avec un ordre : ne revenir qu’au bout de l’Océan.

Des mois passent. Un seul navire revient. Son capitaine raconte qu’au large, un fleuve dans la mer a emporté tous les autres. Le roi ne le croit pas. Il arme deux mille navires. Et il embarque lui-même. Avant de partir, il confie le pouvoir à Moussa. On ne l’a jamais revu. C’est du moins ce que Moussa raconte au Caire. Il est le seul témoin.

Ce roi disparu, on l’appelle souvent Aboubakari. Ce nom vient d’une erreur de traduction, en 1854. Les historiens pensent plutôt à Mohammed, fils de Qu. Sa flotte n’a jamais été retrouvée. Voilà donc Moussa roi. Vers 1312, il hérite d’un empire immense. De l’océan Atlantique jusqu’au Niger. Vingt-quatre villes prises par son sabre, dit-il. Sa capitale ? On cherche encore où elle se trouvait.

Mais sa force, tout le monde la connaît. L’or. L’or du Bambouk et du Bouré, qu’on lave dans les rivières. Aux Égyptiens, Moussa racontera que l’or pousse comme une plante, après la pluie. Un Marocain qui a vécu trente-cinq ans au Mali les détrompe : l’or vient du tribut et du commerce. Un jour, Moussa décide d’aller à La Mecque.

Acte II — La traversée 2:22

Il confie le royaume à son fils Mohammed. Et il part vers le nord. Par Oualata, aux portes du désert. Puis le Touat, et la longue route des oasis, jusqu’à l’Égypte. Combien sont-ils ? Un savant de La Mecque, qui les a vus, parle de milliers de soldats. Trois siècles plus tard, un chroniqueur de Tombouctou en compte soixante mille.

Et sur Internet, on lit douze mille esclaves portant chacun deux kilos d’or. Aucun témoin ancien ne dit cela. Les chiffres ont grossi avec les siècles. Ce qui est sûr, c’est l’or. Cent charges de chameau, selon le gouverneur du Caire, qui l’a connu. Quatre-vingts charges de trois quintaux, selon l’interprète des Africains du Caire. Plus de dix tonnes, peut-être. Personne ne l’a pesé.

Des mois de marche. Le sable. Les puits. Le froid des nuits. Puis, un matin de juillet, à l’horizon, les pyramides. La caravane campe trois jours à leur pied. Le jeudi 19 juillet 1324, selon un chroniqueur égyptien, le roi du Mali entre au Caire. Le Caire est alors l’une des plus grandes villes du monde. On loge Moussa près de la Qarafa, l’immense cimetière au pied de la montagne.

Acte III — Le sol 3:39

Le sultan veut le voir. Il s’appelle al-Nasir Muhammad. Il règne sur l’Égypte et la Syrie. Il envoie son chef du protocole chercher le roi du Mali. Un émir nommé Ahmad. Sa lampe de mosquée, selon toute vraisemblance, est aujourd’hui à New York, au Metropolitan Museum. Moussa refuse. Il répond : « Je suis venu pour le pèlerinage. Pour rien d’autre. »

L’émir comprend ce qui le gêne. Devant le sultan, chacun baise le sol. Puis sa main. L’émir insiste, encore et encore. Moussa finit par céder. Il monte à cheval jusqu’à la Citadelle. Ce qui suit, c’est l’émir Ahmad qui l’a raconté. Il était là. On amène Moussa devant le trône. On lui dit : « Baise le sol ! »

Et Moussa répond : « Comment cela se pourrait-il ? » Un roi qui dit non. Devant le sultan d’Égypte. Devant toute sa cour. Alors un homme de sa suite s’approche. Il lui murmure quelque chose. Les Égyptiens n’ont jamais su quoi. Moussa déclare : « Je me prosterne devant Dieu, qui m’a créé. » Et il se prosterne. Pour Dieu.

Le sultan se lève à demi. Il le fait asseoir à côté de lui. Ils parlent longtemps. Voilà la version du chef du protocole. Mais un autre chroniqueur du Caire, vers 1335, semble écrire le contraire : le roi aurait baisé le sol. Qui dit vrai ? Personne ne peut le prouver. Un détail rend pourtant la scène troublante. Chez lui, au Mali, c’est devant Moussa qu’on se jette de la poussière sur la tête.

Après l’audience, le sultan lui offre des robes brodées d’or, un sabre et des chevaux sellés. Et Moussa ouvre ses bagages.

Acte IV — L’or 5:24

Au Caire, Moussa donne de l’or à tout le monde. Pas un émir, pas un officier de la cour qui n’en reçoive, raconte le chef du protocole. À la mort de ce même émir, on trouvera chez lui des milliers de lingots d’or brut. Des cadeaux de Moussa. Le gouverneur de la ville reçoit cinq cents mithqals. Plus de deux kilos d’or.

Et les marchands du Caire ont compris. Une chemise vaut un dinar ? Au Malien, on la vend cinq. Des années plus tard, des négociants du Caire s’en vantent encore. La suite de Moussa achète de tout. Des étoffes. Des livres. Et des esclaves. Le Mali, comme l’Égypte, pratique l’esclavage. Ce récit ne le cache pas. Un chroniqueur du Caire écrit : « Nous pensions que leur argent était inépuisable. »

Il y a tant d’or qu’il se passe une chose que personne n’a prévue. Avant les Maliens, un mithqal d’or valait au moins vingt-cinq dirhams d’argent. Douze ans plus tard, il n’en vaut plus que vingt-deux. C’est un haut fonctionnaire de Damas, al-Umari, qui l’écrit vers 1337. Une baisse d’environ un huitième. Un roi africain a fait baisser le prix de l’or en Égypte.

Mais attention à ce qu’on lit en ligne. Il n’a pas ruiné l’Égypte.

Un historien, Warren Schultz, range même cette baisse parmi les variations ordinaires du Caire. Et l’or de Moussa, lui, ne va pas durer.

Acte V — La dette 6:53

Mi-octobre 1324, la grande caravane des pèlerins quitte Le Caire. Moussa ferme la marche. Un émir égyptien a ordre de veiller sur lui. Fin novembre, il est à La Mecque. Là, un savant mecquois voit une scène qu’il racontera plus tard. Dans la Grande Mosquée, des soldats du Mali tirent l’épée contre des Turcs. D’une fenêtre qui domine la Kaaba, Moussa les arrête.

Le savant y voit la preuve de sa sagesse, si loin de chez lui. À La Mecque, Moussa rencontre aussi un poète venu de Grenade. Es-Saheli. Retenez son nom. Puis vient le retour. Et tout se dérègle. Il s’attarde. La caravane officielle part sans lui. Selon un chroniqueur égyptien, le froid tue une grande partie de ses compagnons et de ses chameaux.

Un tiers seulement revient avec lui. Égaré, il suit le soleil. Il arrive à Suez, guetté par les Bédouins. Retour au Caire. Et là, une question. Où est passé l’or ? Il n’en reste plus. L’homme qui a couvert Le Caire d’or doit emprunter. Dès avant La Mecque, dit le plus ancien témoin. Au retour, disent les autres. Les marchands prêtent cher. Pour trois cents dinars prêtés, ils en gagnent sept cents.

Un grand négociant d’Alexandrie lui prête aussi. Il s’appelle Siraj al-Din. Retenez aussi ce nom. Moussa vend même le palais que le sultan lui avait offert. Puis il reprend la route du Mali. Avec des dettes. Et avec le poète de Grenade.

Acte VI — Tombouctou 8:25

Au Mali, Moussa veut une salle d’audience solide, enduite de plâtre. Es-Saheli lui bâtit une salle carrée, sous une coupole, peinte de couleurs vives. Prix : douze mille mithqals d’or. Environ cinquante kilos. Tombouctou raconte aussi qu’au retour, Moussa fait bâtir la grande mosquée de la ville. Djingareyber. Elle est toujours debout, rebâtie plusieurs fois. Qui l’a dessinée ? On lit partout : Es-Saheli. Aucun texte ancien ne le dit.

Et le créancier d’Alexandrie ? Vers 1334, Siraj al-Din part pour le Mali se faire payer. Avec son fils. Il arrive à Tombouctou. Il loge chez Es-Saheli. Et il meurt. La nuit même. On parle de poison. Son fils répond : « J’ai mangé des mêmes mets que mon père. » S’il y avait eu du poison, ils seraient morts tous les deux.

Le fils va jusqu’à la capitale. Selon Ibn Battuta, il est payé. Selon Ibn Khaldoun, Moussa meurt avant de payer. La famille ne touche rien. En 1353, Ibn Battuta passe à Tombouctou. Il voit deux tombes. Le poète. Et le créancier.

Épilogue — Le roi de la carte 9:36

Moussa meurt vers 1337. En 1339, à Majorque, un cartographe dessine au milieu du Sahara un roi assis. La légende dit : Rex Melly. Le roi du Mali. Vers 1375, un atlas de Majorque va plus loin. Un roi noir, couronné, sur un trône. Dans la main, un morceau d’or. À côté, une légende : « Ce roi est le plus riche et le plus noble seigneur de toute cette région. »

Cet atlas entre dans la bibliothèque du roi de France. Il est toujours à Paris. En 2012, un site américain de fortunes de stars le déclare l’homme le plus riche de l’histoire. Quatre cents milliards de dollars. Un chiffre que les historiens jugent impossible à calculer. Aux États-Unis, des professeurs s’en servent pour apprendre aux élèves à se méfier. Au Mali, les griots chantent peu Kankou Moussa. Certains, dit une spécialiste, lui reprochent d’avoir dépensé l’or du pays au loin.

Depuis décembre 2024, un boulevard de Bamako porte son nom. Et une université. L’historien qui a proposé ce nom pensait aux savants que Moussa a ramenés. Pas à l’or. Ce jour-là, au Caire, un roi du Mali a refusé de baiser le sol. Du moins, c’est ce qu’a raconté l’homme qui l’avait conduit devant le sultan. Sept siècles plus tard, on se dispute encore sur ce qu’il a fait. Mais le monde entier connaît son nom.

Mansa Moussa.

Les sources

Ce qui reste contesté. L’audience : le chef du protocole raconte le refus puis la prosternation « devant Dieu » ; un chroniqueur du Caire, vers 1335, Ibn al-Dawadari, écrit que le roi baisa le sol, dans une phrase dont le sens exact est discuté. Il donne aussi un séjour d’un an au Caire, contre trois mois pour les autres. Le film donne les deux. Le nombre de ses compagnons : des « milliers » pour un témoin de La Mecque, soixante mille pour un chroniqueur de Tombouctou trois siècles plus tard ; les « 12 000 esclaves portant chacun deux kilos d’or » n’ont aucune source ancienne. La baisse de l’or : de 25 à 22 dirhams le mithqal selon al-Umari, soit environ un huitième ; l’Égypte n’a pas été ruinée. Le voyage atlantique n’a qu’un témoin, Moussa lui-même, et le nom « Aboubakari II » vient d’une erreur de traduction de 1854. La mosquée Djingareyber : la tradition de Tombouctou l’attribue à Moussa, aucun texte ancien ne l’attribue à Es-Saheli. Le remboursement du créancier : payé selon Ibn Battuta, jamais selon Ibn Khaldoun. Le moment de la dette : avant La Mecque selon al-Nuwayri, le plus ancien témoin ; au retour selon les autres. Les dates : l’avènement vers 1312, en 1307 chez Delafosse ; l’entrée au Caire le 26 rajab selon al-Maqrizi, le 25 selon Ibn Kathir ; la mort en 1337 pour la plupart des historiens, en 1332 par le calcul des règnes d’Ibn Khaldoun. La route par Oualata et le Touat vient du seul Tarikh es-Soudan. « Un tiers seulement revient » vient du seul al-Maqrizi. La lampe de mosquée du Metropolitan Museum est celle d’un émir Ahmad al-Mihmandar, mort en 1332 ; l’historien Gaudefroy-Demombynes l’identifie au chef du protocole d’al-Umari, identification très probable mais pas prouvée. Le chiffre de 400 milliards de dollars vient d’un site de fortunes de célébrités (2012), sans méthode sérieuse, un chiffre que les historiens jugent impossible à calculer.

Les images

Les scènes marquées « reconstitution » sont des images de synthèse : aucun visage de personne réelle n’a été fabriqué. Les autres images sont des documents authentiques, archives, œuvres d’époque et photographies :

Musique et habillage sonore : créations originales.